La genèse des plantes invasives dans le 44

Printemps 1996 : Une plante « nouvelle » est remarquée sur les abords d’un plan d’eau. Remarquée d’abord par son feuillage épais et ses belles fleurs jaunes que butinent allègrement les abeilles…

Printemps 1997 : Les herbiers de l’année passée ont doublé leur surface…et au cœur de l’été les volumes quadruplent..! Les personnels du Conseil Supérieur de la Pêche (l’actuel ONEMA) dépêchés sur place mettent en évidence la présence de Ludwigia grandiflora, plante amphibie en provenance d’Amérique du Sud

L’inquiétude  grandit dans les rangs de la pêche associative lorsqu’à la fin de l’été 97, soit deux saisons après son apparition, le plan d’eau a perdu plus d’un tiers de sa surface en eau au profit de la jussie, et de nouveaux foyers sont découverts en même temps que d’autres plantes exotiques (l’Ognon présente une infestation de Myriophylle du Brésil sur près de 5 kilomètres entre Pont Saint Martin et le lac de Grand Lieu depuis 1996 également). 1997 marquera le début des « grandes manœuvres ».

Début 1998, les prémices d’une lutte balbutiante s’organisent et les premiers budgets sont partagés entre syndicats de bassins, Agence de l’eau, fédérations de pêche (44-85), CSP, et Conseils Régional et Général…La Fédération de Pêche 44 décide de s’équiper de moyens de lutte efficaces pour essayer de contenir le développement inexorable de ces organismes envahissants et embauche un personnel dédié.

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1ère mise en service du bateau, essais sur le Brivet à Pontchâteau, août 1998.

 

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Premiers essais du bateau-arracheur de la FDPêche 44 sur la jussie, septembre 1998.

 

 

 

 

 

 

 

Opérationnels dès l’été 1998, le bateau-arracheur de la fédération de pêche 44 et son pilote démarrent leurs interventions-tests sur les cours d’eau et les plans d’eau les plus infestés de Loire-Atlantique.

1999 : Les tournées de reconnaissances s’organisent entre CSP, Fédération de pêche et les techniciens de bassins versants pour cartographier la présence des plantes sur le territoire. En parallèle, les chantiers sont réalisés sur l’Ognon, le Don, et les marais de Goulaine. Le premier chantier est mené de concert entre la fédération de pêche 44 et la commune de Massérac en septembre 1999, où la jussie a pris de l’ampleur.

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Le Don à Massérac, août 1999

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Chantier pilote arrachage sur le Don à Massérac septembre 1999.

 

  

 

 

 

De 2000 à 2003 : Les chantiers fleurissent tout comme les plantes ! 

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Article dans Ouest-France, Juillet 2001.

La chère à son embouchure, l’Ognon en phase d’entretien, et le Don (le plus gros chantier de l’époque avec 10 630 mètres cubes extraits en septembre 2001), le canal de Nantes à brest, le complexe Tenu-Acheneau… Pendant 3 ans, le bateau-arracheur ne sait plus où donner de la fourche ! Mais bien que l’arrachage mécanique soit efficace sur les zones très infestées, rien , ou si peu, n’est mis en oeuvre sur les départs d’infestation. Car chaque année, de nouvelles infestations apparaissent et pourraient être contenues par un simple arrachage manuel.

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Chantier Basse vallée du Don, 2ème tranche, août 2002

 

2003 : Entrée en scène du Conseil Général 44

Ce dernier débloque, grâce aux taxes sur les Espaces Naturels Sensibles, des subventions pour les structures de bassins et les fédérations chasse/pêche, et traitera désormais ses propres lots par sous-traitance avec des entreprises spécialisées dans l’arrachage mécanique et manuel.

La fédération embauchera un premier saisonnier pour la saison 2003, puis deux en 2004 et 2005, puis quatre saisonniers seront à l’oeuvre dès 2006.

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Après toutes ces années d’arrachages mécaniques et manuels, quel bilan en 2016 ? 

Malgré le temps qui a passé, les bilans de campagne de travaux sont bien trop souvent identiques au premier jour de lutte sur certaines plantes comme la jussie par exemple.

Passer sans cesse sur les mêmes secteurs, souvent deux fois par saison, voilà en quoi consiste les actions saisonnières. La jussie ne laisse pas de répit aux gestionnaires des milieux. En 20 ans, sa stratégie de développement n’a pas pris une ride et l’agressivité avec laquelle elle se déploie reste extrême. 

Pire, nous n’avons pas fini d’en découdre avec le genre Ludwigia : en tant que plante amphibie, elle envahie de plus en plus les prairies inondables et les zones humides. Lorsque les chaleurs estivales reviennent et que l’humidité déserte les sols, cette « jolie fleur dans une peau d’vache » prend une forme plus ramassée, crée une « gangue » ligneuse autour de ses tiges pour limiter l’évapo-transpiration et subsiste ainsi jusqu’à la saison nouvelle..!

 Increvable mais sous contrôle…

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Chantiers « plantes invasives » 1998-2015

Presque tout a été testé sur la jussie :  phytosanitaires de la première heure, décapages des sols en profondeur pour « avoir les racines », bâchage et privation de lumière pendant plus d’une saison, tamisage du substrat…Impossible de la faire déguerpir ! Voilà 20 ans que nous devons « faire avec » mais 20 ans que nous arrivons néanmoins à contrôler ses populations partout où se déroulent les interventions.

 

Une cartographie détaillée

 

La fédération de pêche 44 est chargée depuis 2006 de collecter toutes les informations départementales relatives aux plantes exotiques invasives : localisation précise des foyers, compte-rendus détaillés des chantiers réalisés sur le département…Les syndicats de bassins versants, les collectivités territoriales, et plus généralement l’ensemble des acteurs de la lutte contre ces organismes nuisibles fournissent leurs bilans annuels pour l’édition d’un état des lieux départemental que nous réalisons chaque saison.

Voir le dossier thématique « L’état d’envahissement des plantes exotiques en Loire-Atlantique ».